lundi 9 mars 2009

Les derniers soubresauts du charity business

Dans ce blog consacré aux multiples facettes de l’économie du savoir, il en est une plus gênante que les autres, plus troublante aussi tant sur le plan économique que sur le plan humain. Entendons-nous bien : il ne s’agit pas ici de revenir sur les résultats réels de quelques grandes structures internationales dont les normes et les références pourront toujours être discutées. Il s’agit ici du petit commerce de charité où s’affiche autant d’hypocrisie que de perversité scientifique.

L’image même de l’ignorance et souvent du mensonge se fait dés lors l’incarnation même de l’ancienne économie que nous sommes heureusement en train de quitter, celle d’une sorte d’esclavagisme inlassablement décliné : des stagiaires abusés sur l’impact de leur apport bénévole, des hommes et des femmes à qui l’on transfère des savoir-faire dépassés - et plus encore des références d’un autre temps -, sans que l’on sache toujours bien ce qui relève de la cécité intellectuelle ou de l’hypocrisie du discours.

Mais il y a plus grave: l’abus de l’instrumentalisation de chercheurs qui trouvent là, de manière souvent bien compréhensible, l’occasion de se rassurer sur la mise en œuvre concrète de leurs recherches, acceptant par là-même que l’on cite leur laboratoire, leur institut et même leur université.

L’ignorance est une chose, le développement de porteurs de savoirs en est une autre : il est important d’alerter aujourd’hui nos collègues sur ce point afin que des associations pseudo-caritatives arrêtent de les citer dans des demandes de subsides sans objet.

Il est tout aussi important de demander aux villes et collectivités territoriales d’arrêter des soutiens dont les bénéficiaires ne verront pas grand-chose, car destinés majoritairement aux rémunérations de soi-disants bienfaiteurs qui n’omettent jamais par ailleurs d’être présents dans les grands colloques internationaux pour vanter eux-mêmes leurs propres mérites de voyageurs planétaires, à grand renfort d’opacité et de bavardage méthodologique.

D’importants acteurs en la matière - eux aussi persuadés de la nécessité d’indispensables changements en la matière - proposent d’accueillir et de mettre en œuvre de tels modèles financiers et les projets de partenariats qui leur sont intimement liés. Un défi de plus donc pour construire une vraie société de la connaissance!

La journée de la femme

C’était au théâtre. Oui, c’est bien cela car il y a bien un théâtre dans le petit bourg en déficit chronique - faute de public intéressé à réfléchir sur lui-même -, mais il y en a un.
ELLE le voyait, ELLE était émue. Au moment où le spectacle se déroulait, ELLE était à quelques centaines de kilomètres de là, mais ELLE voyait la scène comme si ELLE y était: ceux qui étaient prêts à s’endormir, ceux qui à l’inverse donnaient l’impression qu’ils n’avaient jamais parlé de leur vie et qu’il leur fallait maintenant absolument se rattraper, la famille ou ce qu’il en restait après s’être déchirée sur bien des choses - toujours sur ce qui n’avait aucune importance, mais jamais sur ce qui pouvait en avoir -. ELLE en voyait un notamment qui faisait comme s’il faisait l’objet de l’attention de tous et à chaque fois surpris qu’il n’en était rien: on ne voyait pas d’ailleurs qui pouvait lui demander quoi, il n’avait jamais aidé personne sauf soi même. Un autre aussi qui se demandait ce qu’il pouvait bien faire là.
Mais il y avait surtout LUI, sur la scène, il avait accepté de revenir pour clôturer la fête. Il l’avait d’ailleurs certainement fait pour ELLE, pour montrer que, grâce à ELLE et à ses multiples sacrifices, il avait pu partir, avoir la meilleure des formations et surtout ne jamais connaître ce que elle avait connu. Il était venu - et il a bien fait - pour leur dire que les meilleurs étaient partis après tout ce qu’on leur avait fait subir, mais que lui en quelque sorte la représentait ce soir ou plus exactement aller la remercier: oui, il avait bien fait de venir ainsi parler d’ELLE. Et en effet il a bien utilisé la fin du spectacle pour cela, c’en était touchant, même à distance: chacune de ses intonations était une sorte de provocation pour un public qu’ELLE imaginait médusé. Il avait aussi fait plaisir à toutes ses amis – ELLE en avait quand même beaucoup -, et ceux là se disaient qu’ils avaient somme toutes bien fait de venir, juste pour cette phrase. Cela n’était pas seulement une phrase d’ailleurs. ELLE l’entend d’ailleurs dire: «Je voudrais surtout vous parler d’ELLE…» et chacun de ses mots devait en être un témoignage éclatant.
ELLE était heureuse, donc. Heureuse de sa dignité, de son mépris des apparences.
Le lendemain, on l’appela. Forcément ses pensées pour ELLE n’avaient pas laissé indifférent. Ses amies allaient l’appeler pour dire tout le bien qu’ils avaient pensé d’un tel geste de gratitude. C’était une brave femme que, toujours prompte à rapporter les moindres faits, l’appela. ELLE lui demandait bien sûr comment elle avait trouvé la prestation. «Bien», lui dit-elle sans autre forme de commentaire. ELLE insistait: «comment trouvait-elle ce qu’il avait dit». «Je n’ai rien entendu de particulier». Elle n’osait lui raconter ce qu’ELLE avait pourtant vu et entendu la veille et revins à l’assaut: «Comment as-tu trouvé son témoignage?». Elle commençait à comprendre, mais ne sut pas mentir. Elle n’insista pas, toute penaude de sa franchise et prit congé.
ELLE se réveillait à soi-même. ELLE est donc coupable d’avoir existé, pire: coupable d’avoir gagné. Il n’a donc pas osé profiter de l’opportunité qui lui était ainsi donné, une opportunité unique pour rétablir les choses avec force, déchirer le voile de toutes les hypocrisies, bref être lui-même. Sans s’en rendre compte très certainement, il aura ce jour là effacé une partie de son être, de son passé: il avait pris la posture d’un Saint Pierre qui avait oublié la pierre qu’il devait être. Le coq avait chanté bien tard ce soir là.


mercredi 4 mars 2009

Edwy Plenel : une vérité des faits sans fondements

J’étais heureuse d’avoir été invitée à venir à l’une de ces grandes messes - grandes, mais bien sûr aussi intimes, voire intimistes -, dont le Cercle Républicain a le secret. Ceci pour écouter Edwy Plenel, l’ex big boss du journal Le Monde, et entendre ses certitudes : celles d’un homme de conviction certes, mais aussi d’un homme fondamentalement enraciné dans un passé revendiqué, mais qui en même temps s’en défend. Subtile alchimie que voilà!

Que devient son exaltation du «secret privé» dans l’affirmation d’une réelle hostilité à l’anonymat sur le Net? Comment articuler la confiance de l’interlocuteur livrant ses sources avec une réelle transparence, où en sont les nécessaires nouvelles règles de l’info-éthique… ? Citer René Char peut être émouvant, cela ne contribue pas forcément à l’action immédiate ! Il est bien vrai que la vulgate ainsi présentée est clairement basée sur des concepts sans prise avec la réalité et surtout dépourvue de la moindre argumentation, sans gestion même de la moindre préconisation, ni prise en compte des contraintes des diverses affirmations émises.

Je reprends ici ses quelques mots fétiches de notre intervenant, à commencer par tout ce qui peut naturellement attenter à la fabrique informationnelle de demain (ou encore la conforter).
Ainsi en est-il de la « raison d’état », du « mensonge d’état » : combien sommes-nous loin de la réalité! Non que de tels mots ne recouvrent évidemment des réalités las trop bien connues, mais ce n’est pas là le danger majeur qui nous attend dans un monde de réseaux qui seront formés entre acteurs étatiques et non étatiques et dont le noyau sera constitué par des commissions internationales d’experts chargées d’informer ou de surveiller certains aspects de la gouvernance. L’ère «westphalienne» est décidément bien loin! Ce n’est pas étonnant, tant notre orateur ne voit pas voir le monde de 2025 !

Voilà qui nous amène aux «sachants» et à ce qui est des principales entrées d’un abécédaire qu’il nous faudra bien compléter un jour: l’éducation et notamment «l’éducation populaire»: nous voilà revenus en 1900, à des années lumières de l’économie basée sur la connaissance qui se construit sous nos yeux! De même en est-il de la curiosité, pour laquelle les formulations apparaissent plus proches du Moyen-âge que de la Renaissance et où tout est absent: de la géolocalisation de l’information à l’internet des données, quelle place pour une pseudo-vérité des faits? Où est la vision de ce que seront les hubs et les flux de l’information? Que veut-dire dès lors un souhait comme celui demandant à «tout noter», si ce n’est que là encore nous sommes davantage en présence des fantasmes du 19e siècle que du courage de faire face aux enjeux des prochaines décennies!

La générosité, bien sûr. Mais cela suppose aller chercher pour autrui les potentialités de demain. Le rapport au passé et les ravages actuels d’un présentisme aberrant: essentiel en effet, mais cela veut dire nécessité d’une gestion de l’identité qui ne se limite pas aux marges bien pensantes des épisodes coloniaux ou autres! Une transparence enfin somme toutes bien mal servie…

Irritante, mais aussi passionnante que cette présentation de la boite à outil du gentil contestataire, ne songeant en rien aux obligations présentes et futures pour réformer une France archaïque plus proche en effet de «Jurassik Park» que de «l’achèvement de la République». Une telle improvisation avait ainsi un vrai mérite: celui de la mise en lumière d’une grille de lecture d’un autre temps.

lundi 2 mars 2009

La réalité augmentée pour lire la ville

Microsoft présentait cette semaine, dans le cadre de son TechFest, plusieurs technologies qui sont en développement dans ses labos, dont le «Core Tools for Augmented Reality», un système avec des lunettes-écran munies d'une caméra. Grâce à une simple caméra montée sur un ordinateur portable, le système est capable de reconnaître des lieux et des objets, pour ensuite suggérer des directions ou des informations complémentaires. Une vraie opportunité pour les téléphones portables de demain. Pour Michael Cohen, le responsable de la recherche de Microsoft, « vous pourriez être sur la rue, tenir votre téléphone au bout de vos bras, et il reconnaîtrait un restaurant et afficherait son menu à l’écran ». Ainsi, un smartphone équipé d’un logiciel de réalité augmentée pointé sur une rue pourrait par exemple superposer le trajet d’autobus et indiquer l’heure de son prochain passage: « un tel téléphone deviendrait essentiellement un portail d’informations », soulignait le chercheur à l’occasion de la manifestation.

jeudi 19 février 2009

De nouvelles pratiques dans l’art numérique

A l’occasion de la foire d’art contemporain ARCO et de la « Expanded Box » - la section d’Arco dédiée à l’art numérique -, la galerie Vadehra de la Nouvelle Delhi a présenté ce qui, à première vue, n’étaient que des toiles blanches où se mettent, seulement lorsque
règne un vrai silence, à danser des formes bidimensionnelles anthropomorphiques. Aparna Rao (Bangalore, 1978) et Soren Pors (Danemark, 1974), forment le duo d’auteurs Pors & Rao, les valeurs émergentes du new media art indien.

Des tableaux changeants

L’irlandais John Gerrard (Dublín, 1974) montre des paysages qui changent en temps réel selon la lumière naturelle à chaque moment et chaque jour de l’année. Accéder au collectionnisme privé est en effet l’un des objectifs de l’artiste qui expose à la galerie Hilger de Vienne deux panoramas cinétiques interactifs, un hybride entre le tableau, la sculpture et la vidéo. Même si, à première vue, l’image apparaît comme une projection, il s’agit d’un lieu réel, reproduit numériquement, qui présente en l’occurrence le Kansas en temps réel, tout au long du jour, suivant l’heure du site représenté, alors que la nuit y brillent les étoiles. Enregistrer les changements de lumière tout au long des 24 heures a ainsi requis un travail considérable et la collaboration de cinq personnes. En déplaçant le tableau, c’est aussi le panorama lui-même qui change, offrant ainsi à l’observateur une nouvelle perspective.

Gerrard expose également Daylight Fan (Orbital Camara), l’image d’un ventilateur qui a été enregistrée tout au long de la journée, avec une caméra tournant à la vitesse de la rotation de la terre : la partie frontale de l’objet ne se voit qu’au milieu de la journée et ainsi, avec un peu d’habitude, on peut imaginer l’heure suivant sa position. Sa vente sera entièrement consacrée à la production d’un projet monumental pour la prochaine Biennale de Venise.

De même en est-il des installations interactives de Rafael Lozano-Hemmer, présentées par la galerie londonienne Haunch of Venison, formées de centaines de micro-projections avec par exemple la silhouette d’un observateur captée au travers d’une caméra cachée dans le tableau.

Ubermorgen, le prix d’Arco-Beep

La plus importante œuvre d’art numérique présente à ARCO a été The EKMRZ Trilogy de Ubermorgen, exposée sur le stand de la galerie Fabio Paris de Brescia. La trilogie se compose en fait de trois projets relatifs aux trois grands acteurs du commerce électronique. Le premier, Amazon Noir, consiste en une action pour libérer sur le réseau les livres de la plus grande librairie virtuelle du monde et ce moyennant l’utilisation d’un logiciel qui permet de copier trois
mille livres avant qu’Amazon ne s’en rende compte. Le deuxième, Gwei-Google Will Eat Itself, est une parodie en même temps qu’une expérimentation d’économie parasitaire basée sur le système publicitaire de Google. Le dernier, The Sound of Ebay, est un programme qui convertit en musique toutes les données d’achat de la maison de vente en ligne.

Sitographie:
PORS & RAO: www.porsandrao.com
GALERIA VADEHRA: www.vadehraart.com
J. GERRARD: www.johngerrard.net
GALERIA HILGER: www.hilger.at
UBERMORGEN: www.ubermorgen.com
GALERIA PARIS: www.fabioparisartgallery.com

dimanche 11 janvier 2009

Les Living Labs espagnols.


Pendant des années, tout au long de la longue maturation de nos propres projets, je me suis souvent rendu en Espagne à l’invitation de mains acteurs pour intervenir sur les Living Labs. Nous souhaitions véritablement - moi-même et tous mes collègues de la Fondation des Territoires de Demain contribuer non seulement au développement de telles entités, mais surtout assurer la genèse de synergies nouvelles et de rapports réélaborés entre les divers acteurs de l’innovation.

Avec certains d’entre eux, nous sommes restés en contact très étroit (Soria, Cornella…), avec d’autres nous avons eu le plaisir de voir au bout de plusieurs mois que de tels projets avaient été déposés; avec les uns nous avons travaillé sur des projets communs, avec d’autres nous avons simplement amorcé la partie espagnole de notre cartographie européenne des territoires de l’innovation.

C’est donc aujourd’hui avec un réel contentement que je proposerai ici un très rapide tour d’horizon de quelques-uns de ces territoires, avec évidemment le souhait de mieux connaître

mardi 9 décembre 2008

Solidarité numérique


"La solidarité numérique ne doit pas être perçue comme une œuvre caritative, mais comme un enjeu primordial de développement économique. Nous, pays africains, ne pouvons pas rater notre révolution numérique...Ce qui manque le plus à l’Afrique et aux pays du Sud, ce sont des ordinateurs, pas de l’argent".